Le lancement en 2011 de la première chaîne de montage de véhicules légers, ouvre de nouvelles perspectives pour la PME algérienne. Après une longue période faite d’hésitations, d’improvisations et d’incertitudes du lendemain, sans nul doute qu’à la faveur du nouveau plan structurant, les activités de sous-traitance industrielle vont offrir aux PME/PMI, l’alternative d’une prospérité pérenne.Parmi les raisons qui ont conduit le constructeur français Renault, à implanter au Maroc, une unité de montage de véhicules légers, y figure en bonne place, cette «culture » de la sous-traitance industrielle.
En effet, à l’image des pays industrialisés, le Maroc voisin, dispose d’un vaste réseau de sous-traitants, structurés et soudés telle une toile d’araignée, de façon à jouer un rôle moteur dans l’acte d’investir et par voie de conséquence, faire le lit de la prospérité économique du royaume. A l’évidence, si le Maroc et aussi la Tunisie, ont drainé autant d’IDE, (Investissements directs étrangers), orientés vers les industries mécaniques, cela a été favorisé grâce au tissu de PME-PMI spécialisées en produits manufacturés ou usinés et destinés à l’assemblage. Ce n’est pas le cas en Algérie où la quasi-totalité des PME activent dans l’import, la distribution ou les services, mais très peu en sous-traitance industrielle.
Dans l’euphorie de l’industrie «industrialisante», l’Algérie a ambitionné de réaliser des unités de montage de véhicules légers mais par deux fois, les tentatives ont lamentablement échoué. Déjà en 1976, l’ex-Sonacome avait conclu avec la firme italienne Fiat-Turin, un projet prévoyant l’assemblage annuel de 30 000 véhicules particuliers. Le projet devait être implanté dans la capitale de l’ouest, c’est pourquoi ses concepteurs avaient retenu le logo d’«Oran 5» et «Oran 7», pour désigner la Fiat 128, (de 5 CV), ou la Fiat 131 (à 7 CV). Le projet a capoté pour des raisons politiques. En 1984, est lancé un second projet toujours en partenariat avec Fiat, pour donner naissance à la voiture algérienne FATIA. L’implantation du projet dans la wilaya de Tiaret, région à vocation agro-pastorale, les réévaluations successives à cause des retards dans les travaux, la situation sécuritaire, l’absence d’une main d’œuvre qualifiée, locale… ont fini par avoir raison d’un projet qui sera abandonné en 2000, après le retrait du partenaire italien, alors que le taux d’avancement du projet, avait atteint les 80%. Depuis une décennie, l’Algérie n’a de cesse appelé les constructeurs automobiles à s’installer dans le pays, mais ces derniers n’ont manifesté aucun intérêt. Aussi, le plan directeur de relance industrielle par la formation de 12 «Champions industriels», piloté par Abdelhamid Temmar, ministre de l'Industrie et de la Promotion des Investissements, prévoit la création d’unités de montages de véhicules légers.
Le renouveau de la PME/PMI algérienne est-il annoncé ?
La première voiture algérienne sera montée en 2011. L’annonce a été faite par Mokhtar Chahboub, le directeur général de la Société nationale de véhicules industriels (SNVI). Considérée comme le fleuron de l’industrie mécanique et principale « plate-forme industrielle» nationale, la SNVI est partie prenante dans la réalisation du projet automobile. Elle compte mobiliser ses infrastructures s’étalant sur 260 hectares et son potentiel humain dont les cadres représentent les 11% des effectifs. Selon Mokhtar Chahboub, 5 grands axes en matière de recherche, de conception, de modes de réalisation et de qualification des intervenants, doivent être étudiés de pairs et consolidés ; conditions essentielles pour parvenir à produire un véhicule à la fois viable et compétitif sur le marché algérien de l’automobile. Toutefois, le Directeur général de la SNVI insistera sur la difficulté à tisser et à organiser un ensemble de réseau de sous-traitance industrielle.
Evidemment, la règle économique en vigueur dans les pays constructeurs, suppose que la réalisation d’une voiture, ne saurait disposer de plus de 40 % des capacités de l’usine d’assemblage et que le réseau de sous-traitance doit usiner, manufacturer et livrer au moins, 60 % des éléments et composants entrant dans la production du véhicule. En clair, l’initiative privée ou le réseau de sous-traitance se taille la «part du lion». Cependant, l’émergence d’une industrie automobile en Algérie, risque d’être freinée par l’inexpérience voir l’étroitesse du marché local de la sous-traitance. Difficile en effet, de réunir, former et organiser en ci peu de temps, tout un réseau de PME-PMI, à même de satisfaire et répondre aux exigences d’un rigoureux cahier des charges, portant sur la production annuelle et selon des normes rigoureuses, de quelques milliers d’éléments mécaniques, électromécaniques, électroniques, hydrauliques et fluides, vitrerie, lames et ressorts, de tôlerie… Une œuvre hardie mais point utopique. Les pouvoirs publics, les organisations patronales, les associations professionnelles… doivent se mobiliser pour asseoir une industrie automobile créatrice d’emplois et de richesses. Maintenant ou jamais, les PME-PMI doivent s’impliquer dans l’émergence de l’industrie automobile nationale. Les enjeux économiques sont de taille ; un véhicule importé en SKD ou CKD, coûte 5 % en droits de douane alors qu’un véhicule importé en l’état en coûte 15 %. Il faut s’y risquer…
Seddik Lardjane