Fatalité ou phénomène de société, en Algérie, les affaires de corruption se succèdent mais ne se ressemblent pas. Si, dans ces actes condamnables, il y a ceux qui tirent profit, incontestablement, beaucoup plus nombreux en sont les perdants ; l’économie nationale, les porteurs de projets, les honnêtes investisseurs… Au nombre de victimes, les PME-PMI acculées à déposer la clé sous le paillasson, de crainte d’être gangrenées par une corruption tentaculaire.L’année 2009 s’est achevée sur un scandale lié à la réalisation de l’Autoroute Est-Ouest. Une intriguequi n’a pas manqué d’éclabousser à un haut niveau, le ministère des Travaux Publics qui, hier encore, s’enorgueillissait de détenir la palme de premier architecte du pays, avec une croissance annuelle de + 15 % en terme de réalisations d’utilité publique. Dépités, les algériens, plus encore les usagers des premiers tronçons de l’autoroute Est-Ouest, vont apprendre que les travaux de réalisation sont entachés d’irrégularités. Attribution de marchés en contradiction avec la réglementation en vigueur, népotisme et favoritisme, abus de biens sociaux, surévaluations de travaux, détournement de fonds publics… tel est le lot de malversations sur lesquelles planche actuellement la justice. Formellement, les Donneurs d’ordres sont blâmables pour s’être détournés des règles de bonne gouvernance, tandis que pour l’observateur averti, les cas de filouterie sont prévisibles, voire inévitables dans la gestion d’un projet aussi colossal que la réalisation de l’Autoroute Est-Ouest. Coût du mégaprojet du siècle ; 11 milliards de dollars, financés rubis sur l’ongle, sur fonds publics. Un matelas de devises qui, couramment, attire des convoitises. La société chinoise, Citic/Crcc est attributaire des deux lots Centre et Ouest, (Bordj Bou Arreridj - Chleff - frontière marocaine), alors que la japonaise Cojal s’est vu attribué le lot Est (Bordj-Bou Arreridj - frontière tunisienne). Subséquemment, de par la complexité et l’étendue des travaux, le mégaprojet autoroutier va requérir un nombre considérable d’intervenants, entre sociétés sous-traitantes. C’est précisément dans cette sphère que surgira et évoluera démesurément, la corruption… Ce n’est point la fin de la malédiction ; l’année 2010 démarre sur une autre atteinte à l’économie nationale, impliquant l’état major de la compagnie nationale Sonatrach, le poumon économique de l’Algérie. Il est reproché aux antagonistes, la passation de marchés contraire aux intérêts économiques. L’affaire Sonatrach., -1ere compagnie africaine et 12eme, au rang des groupes pétroliers internationaux, - a été largement discourue par la presse nationale, relayée par les médias lourds étrangers. Une fois encore, l’image du pays en est égratignée et, habitué aux scandales financiers, l’algérien ne croit plus aux discours. Encore un autre organe de lutte contre la corruption.
Réagissant aux deux grands scandales qui ont défrayé la chronique, le premier Ministre Ahmed Ouyahia indiquera que l’Observatoire de lutte contre la corruption sera opérationnel à partir de mars prochain, tout en annonçant la création… d’un autre organe de lutte contre la corruption. En somme, pas moins de cinq organes ou dispositifs de lutte contre le fléau, ont été créés par les différents gouvernements, depuis 1994. Toutefois, ce énième “dispositif sera composé de magistrats détachés”, a fait savoir Ahmed Ouyahia qui, insistera également sur la consolidation prochaine de l’arsenal juridique. “La lutte contre la corruption, ne date pas d’aujourd’hui”, a déclaré le premier Ministre, en informant l’opinion publique que plus de 4 000 affaires de corruption ont été traitées durant la période 2006-2009. Soit une moyenne annuelle de 1 000 affaires de corruption, ou près de trois affaires, au quotidien. C’est ainsi admettre que la société algérienne est gangrenée par la corruption. Incontestablement, un tel niveau de gravité est pour démonter l’absence d’une réelle volonté politique de combattre ce fléau qui ruine l’économie nationale, freine toute tentative d’asseoir un véritable décollage économique, anéantit les efforts et ruine les espoirs de la libre entreprise… Certes, quand il y a préjudice matériel du fait de la corruption, il est comptabilisé dans les “pertes et profits” et, si besoin est, l’Etat puisera du Fonds de régulation des recettes, (alimenté par les excédents des recettes d’hydrocarbures), pour compenser le déficit. Cependant, l’Etat “garant des investissements”, a-t- il dédommagé les milliers de PME-PMI qui ont cessé précipitamment toute activité. Ils sont en effet, des milliers de jeunes porteurs de projets à y avoir renoncé, et autant de créateurs d’entreprises, a avoir cessé leurs activités et résilié le registre de commerce, refusant le diktat des donneurs d’ordres. Les uns comme les autres, ont refusé d’évoluer avec l’humiliante et dégradante corruption. Seddik LardjaneIl était une fois, une PME Elle est architecte, lui est ingénieur en Génie civil. Ils se sont connus dans une entreprise nationale, avant de se marier, (pour le meilleur et pour le pire). Après des années dans le secteur public, ils discernent que leur statut de salariés, n’améliore guère leur quotidien. Alors ont-ils décidé de mettre à profit leur capital d’expérience professionnelle pour créer leur propre EURL, spécialisée dans la restauration et la rénovation d’immeubles, de bureaux, d’hôtels… Assez vite, notre couple a arraché un marché de sous-traitance, avec une société étrangère de renommée, chargée de relooker un hôtel de 4 étoiles. Plus tard, la hardiesse, le sérieux et l’achèvement des travaux dans les règles de l’art, ont grassement récompensé nos jeunes entrepreneurs. Confortés par leur pactole “halal”, ils décident d’investir en soumissionnant directement à des marchés de réhabilitation des hôtels classés. Mais c’était sans compter avec “Dame corruption”. Ceux que l’Etat a désigné à la tête des grands hôtels de la capitale, ont exigé leur “part de marché”, qu’ils ont estimée à entre…15 000 et 20 000 Da, par chambre restaurée.La PME de notre jeune couple, est mort-née. Elle, s’en est retournée au foyer pour s’occuper des enfants. Lui, devenu représentant, parcourt chaque jour des centaines de kilomètres, pour proposer aux chantiers, des adjuvants utilisés dans le béton armé.
La corruption a fait école aux Chinois La PME de Mohamed Karim, spécialisée dans les travaux d’étanchéité, a bien démarré, encouragée par le programme du million de logements. Après quelques marchés, sans le moindre désagrément, avec la même entreprise nationale, Mohamed Karim a compris que l’obtention de nouveaux contrats de travaux, ne repose plus sur la compétence, mais avec du bakchich, de manière à huiler et orienter à son profit, la machine de la commission des marchés. Aussi va-t-il proposer ses prestations aux entreprises chinoises de réalisation de logements. Les prix, certes, sont nettement plus bas (- 100 DA, par m2), mais Mohamed Karim croit dur comme fer, que les Chinois sont, non seulement ponctuels dans le règlement des situations de travaux, mais également appréciés comme non corrupteurs et incorruptibles… Après cinq années marquées par d’excellentes relations avec les sociétés asiatiques, Mohamed Karim découvre avec stupeur, une certaine métamorphose auprès les cadres chinois, jadis un “modèle d’honnêteté”. Désormais, il faut verser quelques billets de banque, pour se voir libérer, sans retard, les paiements des travaux exécutés… De nouveaux adeptes à l’école algérienne de la corruption.
Source : A.D
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